Objectifs de la leçon
- Définir les sciences de l'éducation et situer leur objet d'étude.
- Distinguer éducation, formation, enseignement, apprentissage, pédagogie et didactique.
- Identifier les disciplines qui contribuent aux sciences de l'éducation.
- Maîtriser le triangle pédagogique et les trois relations qu'il décrit.
- Comprendre la notion de paradigme et le passage de l'enseignement à l'apprentissage.
1. Ce que sont les sciences de l'éducation
Les sciences de l'éducation forment un ensemble de disciplines qui étudient scientifiquement les faits éducatifs : les situations d'enseignement et d'apprentissage, les institutions qui les organisent, les acteurs qui y participent et les effets qu'elles produisent.
Trois caractéristiques les définissent.
- Elles sont plurielles : on dit sciences au pluriel, parce qu'aucune discipline unique ne suffit à expliquer un fait éducatif.
- Elles sont interdisciplinaires : psychologie, sociologie, philosophie, économie, histoire et sciences de la communication y contribuent chacune avec ses méthodes.
- Elles articulent théorie et pratique : leur finalité n'est pas seulement de comprendre, mais aussi d'améliorer les pratiques de formation.
Repère historique à connaître : la pédagogie a longtemps été une branche de la philosophie ; les sciences de l'éducation se constituent comme discipline universitaire autonome en France en 1967, sous l'impulsion notamment de Gaston Mialaret, Maurice Debesse et Jean Chateau.
Pour un formateur en institut de formation aux carrières de santé, cette pluralité a une conséquence pratique : un échec en stage ne s'explique jamais par une seule cause. Il peut relever du savoir, de la motivation, du contexte social de l'étudiant, de l'organisation du service ou de la relation pédagogique avec l'encadrant.
2. Les concepts à ne jamais confondre
Le concours teste presque toujours ces distinctions. Retenez-les une par une.
- L'éducation : processus global et permanent par lequel une personne développe ses capacités, ses valeurs et son insertion sociale. Elle dépasse l'école et concerne toute la vie.
- La formation : action organisée et finalisée visant l'acquisition de compétences pour exercer un métier ou une fonction. Elle est plus ciblée que l'éducation.
- L'enseignement : activité du formateur qui organise la transmission et la construction des savoirs. C'est un moyen, pas une fin.
- L'apprentissage : processus interne à l'apprenant qui aboutit à une modification durable de ses connaissances, de ses habiletés ou de ses attitudes. Enseigner ne garantit jamais qu'il y a apprentissage.
- La pédagogie : réflexion et action sur les méthodes, les relations et les conditions qui favorisent l'apprentissage, indépendamment du contenu.
- La didactique : étude de l'enseignement d'un contenu particulier, avec ses concepts propres, ses obstacles et sa transposition.
Une formule permet de fixer la nuance : la pédagogie s'intéresse au comment enseigner, la didactique au comment enseigner ce savoir-là.
Exemple concret. Organiser un travail en petits groupes de six étudiants avec un rapporteur relève de la pédagogie. Choisir de faire précéder l'enseignement du calcul de doses par un rappel des unités parce que l'expérience montre que l'obstacle est là, relève de la didactique.
3. Le triangle pédagogique
Toute situation de formation met en relation trois pôles. Le modèle est attribué à Jean Houssaye.
Les trois processus se lisent ainsi.
- Le processus enseigner relie le formateur au savoir : préparation, structuration du contenu, choix des exemples. L'apprenant y est peu actif.
- Le processus apprendre relie l'apprenant au savoir : recherche documentaire, travail personnel, résolution de problèmes. Le formateur s'y fait discret.
- Le processus former relie le formateur à l'apprenant : accompagnement, tutorat, entretien de régulation, soutien motivationnel.
Ce modèle est un outil d'analyse redoutablement efficace. Un formateur qui ne fait que du cours magistral privilégie en permanence un seul processus. Une formation professionnalisante équilibrée mobilise les trois, en alternance.
4. Les disciplines contributives
Retenez pour chaque discipline la question qu'elle apporte.
- La psychologie : comment l'apprenant apprend-il, mémorise-t-il, se motive-t-il ?
- La sociologie : comment l'origine sociale, le genre et le groupe influencent-ils la réussite ?
- La philosophie : quelles finalités et quelles valeurs poursuit l'éducation ?
- L'histoire : comment les systèmes et les méthodes se sont-ils construits ?
- L'économie : quel coût, quel financement, quel rendement de la formation ?
- Les sciences de la communication et de l'information : comment circulent les messages et les outils numériques ?
- Les sciences biologiques et les neurosciences : quels mécanismes cérébraux soutiennent l'apprentissage ?
Application en santé : l'étude de l'absentéisme en stage mobilise la psychologie de la motivation, la sociologie des conditions de vie des étudiants et l'organisation des terrains d'accueil. Une explication unique serait nécessairement réductrice.
5. Les grands paradigmes
Un paradigme est un cadre de référence partagé qui définit ce que l'on considère comme un enseignement légitime.
- Le paradigme de l'enseignement : le savoir est transmis par le maître, l'apprenant reçoit, la réussite se mesure à la restitution. On parle de pédagogie centrée sur le contenu.
- Le paradigme de l'apprentissage : l'apprenant construit ses savoirs, le formateur crée les conditions et accompagne, la réussite se mesure à la compétence démontrée en situation. On parle de pédagogie centrée sur l'apprenant.
Le basculement du premier vers le second est le fil directeur de toutes les réformes des formations en santé : approche par compétences, apprentissage par problèmes, simulation, portfolio, évaluation en situation authentique.
Attention à la nuance attendue par le jury : le second paradigme ne supprime ni le savoir savant, ni l'exigence, ni le cours magistral. Il en change le statut : le cours devient un moyen parmi d'autres, choisi lorsqu'il est le plus pertinent.
6. Éducation formelle, non formelle et informelle
- L'éducation formelle : institutionnalisée, hiérarchisée, diplômante. Exemple : le cursus en institut de formation.
- L'éducation non formelle : organisée mais hors cursus diplômant. Exemple : une formation continue de deux jours sur l'hygiène des mains.
- L'éducation informelle : non organisée, issue de l'expérience quotidienne. Exemple : ce qu'un étudiant apprend en observant une infirmière expérimentée annoncer une mauvaise nouvelle.
En formation professionnelle, l'informel pèse lourd, y compris pour le pire : c'est ainsi que se transmettent aussi les mauvaises habitudes. Le rôle de l'encadrant est de rendre visible et discutable ce qui s'apprend implicitement.
7. Compétence, capacité, performance, savoir-agir
Quatre mots que le concours oppose systématiquement, en donnant la définition et en demandant le terme. Les apprendre dans leur formulation d'examen.
Le piège d'énoncé : « le résultat obtenu lors de la réalisation d'une tâche » désigne la PERFORMANCE, jamais la compétence. « Un ensemble de comportements et d'habiletés permettant d'exercer un rôle » désigne la COMPÉTENCE.
8. Les disciplines voisines : ne pas les confondre
Le concours donne une définition et demande le nom de la science. Cinq termes reviennent.
Deux définitions différentes désignent la même science : la docimologie est à la fois « la science de la mesure et de l'évaluation en pédagogie » et « l'étude systématique des examens et du comportement des examinateurs ». Les deux formulations sont tombées.
Pièges fréquents
- Employer pédagogie et didactique comme des synonymes.
- Confondre enseignement, activité du formateur, et apprentissage, processus de l'apprenant.
- Croire que le triangle pédagogique comporte trois acteurs alors qu'il comporte deux acteurs et un savoir.
- Oublier que dans chaque processus du triangle, le troisième pôle est mis en retrait.
- Attribuer les sciences de l'éducation à une seule discipline, en général la psychologie.
- Penser que centrer sur l'apprenant signifie renoncer aux savoirs et aux exigences.
À RETENIR
- Les sciences de l'éducation sont plurielles, interdisciplinaires et orientées vers l'action ; discipline universitaire autonome depuis 1967.
- Éduquer est global, former est finalisé, enseigner est l'acte du formateur, apprendre est le processus de l'apprenant.
- La pédagogie porte sur le comment enseigner, la didactique sur l'enseignement d'un contenu précis.
- Triangle de Houssaye : savoir, formateur, apprenant ; processus enseigner, apprendre, former.
- Le paradigme de l'apprentissage déplace le centre de gravité du contenu vers l'apprenant et la compétence.
- Éducation formelle, non formelle et informelle coexistent, et l'informel est puissant en milieu de soins.