Objectifs de la leçon
- Identifier les auteurs et les expériences fondatrices du behaviorisme.
- Distinguer conditionnement classique et conditionnement opérant.
- Expliquer le renforcement, la punition et l'extinction et leurs limites.
- Présenter le modèle cognitiviste du traitement de l'information.
- Choisir le courant adapté à un objectif de formation en santé.
1. Le behaviorisme, ou l'apprentissage comme changement de comportement
Le behaviorisme, courant né au début du vingtième siècle, considère que seul le comportement observable est objet de science. L'esprit est traité comme une boîte noire : on étudie ce qui entre, le stimulus, et ce qui sort, la réponse.
Définition à retenir : apprendre, c'est modifier durablement un comportement observable sous l'effet de l'environnement.
Les auteurs et leurs apports.
- Ivan Pavlov, physiologiste russe : conditionnement classique ou répondant, mis en évidence avec la salivation du chien associée au son d'une cloche.
- John Watson : fondateur du courant, il proclame que le comportement est entièrement façonné par le milieu.
- Edward Thorndike : loi de l'effet, un comportement suivi d'une conséquence satisfaisante a plus de chances d'être reproduit.
- Burrhus Frederic Skinner : conditionnement opérant, renforcements, enseignement programmé et machines à enseigner.
2. Renforcement, punition, extinction
Le vocabulaire de Skinner est régulièrement piégé au concours. Positif signifie ajouter, négatif signifie retirer.
- Le renforcement positif : ajouter un stimulus agréable pour augmenter la fréquence du comportement. Exemple : féliciter publiquement un étudiant qui a respecté la procédure.
- Le renforcement négatif : retirer un stimulus désagréable pour augmenter la fréquence du comportement. Exemple : dispenser de l'évaluation de rattrapage l'étudiant qui a validé toutes ses habiletés.
- La punition : ajouter un stimulus désagréable ou retirer un stimulus agréable pour diminuer la fréquence du comportement.
- L'extinction : cesser tout renforcement, ce qui fait progressivement disparaître le comportement.
Retenez la règle : les deux renforcements augmentent le comportement, la punition le diminue. Un renforcement négatif n'est donc pas une punition.
Le façonnement consiste à renforcer les approximations successives d'un comportement complexe. Le principe est encore utilisé dans l'apprentissage des gestes techniques : on valide d'abord la préparation du matériel, puis l'asepsie, puis le geste complet.
3. Les apports pédagogiques durables du behaviorisme
Même critiqué, ce courant a laissé des outils que vous utiliserez.
- La formulation d'objectifs opérationnels observables et mesurables, notamment avec la taxonomie de Benjamin Bloom et les travaux de Robert Mager.
- La décomposition d'un apprentissage complexe en étapes progressives.
- La rétroaction immédiate sur la réponse de l'apprenant.
- L'enseignement programmé, ancêtre direct des modules d'autoformation en ligne et des exercices auto-corrigés.
- L'entraînement répété des gestes jusqu'à l'automatisation, indispensable en réanimation.
4. Les limites du behaviorisme
- Il ignore les processus mentaux internes : comprendre n'est pas réduit à répondre.
- Il traite mal le transfert : un comportement conditionné dans un contexte précis se transpose difficilement à une situation nouvelle.
- Il favorise une motivation externe, fragile lorsque le renforcement disparaît.
- Il place l'apprenant en position de réactivité plutôt que d'initiative.
Exemple parlant : un étudiant peut réciter parfaitement les sept temps du lavage des mains, comportement verbal renforcé en cours, et ne pas le faire dans le service. Le comportement observable visé n'est pas celui qui a été renforcé.
5. Le cognitivisme, ou l'apprentissage comme traitement de l'information
À partir des années 1950 et 1960, la boîte noire s'ouvre. Le cognitivisme étudie les processus internes : perception, attention, mémorisation, récupération, résolution de problèmes. La métaphore dominante est celle de l'ordinateur, avec des entrées, un traitement et des sorties.
Définition à retenir : apprendre, c'est traiter, organiser et intégrer de l'information en mémoire de manière à pouvoir la réutiliser.
Les auteurs et notions à citer.
- George Miller : la mémoire de travail retient un nombre très limité d'éléments, longtemps énoncé comme sept plus ou moins deux.
- Alan Baddeley : modèle de la mémoire de travail avec administrateur central et boucles spécialisées.
- David Ausubel : apprentissage significatif, ancrage sur les connaissances antérieures.
- Robert Gagné : hiérarchie des apprentissages et événements d'enseignement.
- John Sweller : théorie de la charge cognitive, développée dans le module de psychologie.
6. Ce que le cognitivisme change dans la pratique
- Activer les connaissances antérieures avant d'introduire une notion nouvelle.
- Structurer le contenu : plan explicite, cartes conceptuelles, schémas, résumés intermédiaires.
- Fractionner l'information pour ne pas saturer la mémoire de travail.
- Faire pratiquer la récupération active : tests fréquents, questions, restitution de mémoire, plutôt que relecture passive.
- Espacer les révisions dans le temps plutôt que les concentrer la veille.
- Enseigner explicitement des stratégies d'apprentissage, et non seulement des contenus.
7. Behaviorisme et cognitivisme, comparaison synthétique
- Objet du behaviorisme : le comportement observable. Objet du cognitivisme : les processus mentaux internes.
- Rôle de l'apprenant chez le behavioriste : réagir aux stimuli. Chez le cognitiviste : traiter activement l'information.
- Rôle du formateur chez le behavioriste : organiser stimuli et renforcements. Chez le cognitiviste : organiser l'information et guider les stratégies.
- L'erreur pour le behavioriste : un défaut à éviter et à corriger immédiatement. Pour le cognitiviste : un indice précieux sur le traitement en cours.
- Évaluation privilégiée par le behaviorisme : la performance observable. Par le cognitivisme : la structuration des connaissances et la résolution de problèmes.
Usage professionnel raisonné : pour automatiser un geste de massage cardiaque, l'entraînement répété avec rétroaction immédiate, d'inspiration behavioriste, est le plus efficace. Pour apprendre à raisonner devant une douleur thoracique atypique, l'organisation des connaissances et l'étude de cas, d'inspiration cognitiviste, s'imposent. Les courants ne se remplacent pas, ils se choisissent selon l'objectif.
Pièges fréquents
- Confondre renforcement négatif, qui augmente le comportement en retirant un désagrément, et punition, qui le diminue.
- Attribuer le conditionnement opérant à Pavlov alors qu'il est de Skinner.
- Attribuer la loi de l'effet à Skinner alors qu'elle est de Thorndike.
- Croire que le cognitivisme rend l'apprenant constructeur de son savoir : c'est le constructivisme ; le cognitivisme décrit d'abord un traitement de l'information.
- Confondre mémoire de travail, de capacité très limitée, et mémoire à long terme, de capacité illimitée.
- Croire qu'un courant a définitivement remplacé le précédent.
À RETENIR
- Behaviorisme : Pavlov, Watson, Thorndike, Skinner ; apprendre est modifier un comportement observable.
- Positif signifie ajouter, négatif signifie retirer ; les deux renforcements augmentent le comportement.
- Apports durables : objectifs opérationnels, progressivité, rétroaction immédiate, entraînement des gestes.
- Cognitivisme : traitement de l'information, registre sensoriel, mémoire de travail limitée, mémoire à long terme.
- Miller pour la capacité limitée, Baddeley pour la mémoire de travail, Ausubel pour l'apprentissage significatif, Gagné pour la hiérarchie des apprentissages.
- L'erreur devient une information sur le raisonnement et non un simple défaut à punir.